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Halte aux lapins !

Quand on vous dit lapin, vous pensez à quoi ? 1 – À cette odeur de civet sur un lit de patates sautées à la persillade qui vous fait frémir les narines et laisse échapper de vos commissures ce léger filet de bave que vous devriez essuyer, franchement ça fait pas clean […]

Quand on vous dit lapin, vous pensez à quoi ?

1 – À cette odeur de civet sur un lit de patates sautées à la persillade qui vous fait frémir les narines et laisse échapper de vos commissures ce léger filet de bave que vous devriez essuyer, franchement ça fait pas clean.
2 – À cette sensation de douceur que vous procurait Pan-Pan, pourtant si mignon, que votre père a malencontreusement écrasé dans le clic-clac du salon un soir de Noël.
3 – À cette angoisse qui monte à chaque fois que vous partez en rencard avec votre Libé sous le bras et votre écharpe « visible spécial rencard », la bleu turquoise avec les gros pois jaunes que personne ne peut rater et c’est fait exprès ?

éviter les lapins
Vu le contexte, le site dans lequel vous lisez ces lignes, il y a fort à parier que vous pensiez :
« Ah tu m’étonnes ! Moi j’en connais un rayon sur les lapins ! Entre Machin qui m’a laissée siffler mes quatre verres de Champagne toute seule, genre j’attends dignement un mufle et pour m’occuper je me ruine le foie, et Truc qui m’a fait faire le pied de biche (oui, ou de grue, c’est pareil) devant la place de l’Hôtel de ville par -10° en mini-jupe et sans collants parce qu’il en avait « pour deux minutes », je peux vous en raconter des histoires de petit rongeur qui tape du pied avec ses yeux ronds ! ».

Votre choix se porte donc sur l’option n°3

La peur du lapin, on sait d’où elle vient. C’est une peur rationnelle que tout être humain a déjà éprouvée, ne serait-ce que parce que bébé, maman nous a planté un temps indéfini alors qu’elle avait dit qu’elle reviendrait quand l’aiguille serait sur le 7. La peur du lapin, on sait qu’elle peut ressurgir à n’importe quel moment parce que plus tard, on a attendu d’autres rendez-vous qui ont largement dépassé l’aiguille du 7.

À l’origine, « poser un lapin » est une expression de radin. Le poseur était un type du XIXème (siècle, pas arrondissement, on n’est pas comme ça aux Buttes Chaumont) sans vergogne qui profitait des services d’une fille de joie en oubliant de passer à la caisse. Messieurs, si aujourd’hui on vous demande de sortir vos oursins de vos poches avant de faire Tirelipimpon sur le Chiwawa, c’est donc pour éviter la banqueroute à celle qui vous fait brandir le petit bonhomme en mousse.

Mais pourquoi « poser un lapin » ? On aurait pu dire je ne sais pas moi, siffler un cabri ou farcir une mandoline ? En quoi le lapin posé est-il synonyme de manquer un rendez-vous ? Parce qu’en argot, on aime bien utiliser certains animaux pour évoquer la feinte. Par exemple : tu veux faire un tour de passe-passe pour éviter de payer ? Tu paies en monnaie de singe. Le singe fait son numéro, le roi a ri, et toi tu es affranchi de payer la taxe. Le lapin, même combat. Mais lui ne se contente pas de faire la grimace : il vole. On voyage en lapin (en clandestin) ou on fait un lièvre (on prend un objet à ses parents pour le vendre) mais dans tout les cas, on maraude. Ouh ! C’est mal !

Alors en quelque sorte, quelqu’un qui poserait un lapin serait un avare qui jetterait un œil de loin pour estimer si ça vaut le coup de payer un mojito ? Oui. Le poseur de lapin est un gros radin.
Ou une sacrée trouillarde.

Prune Quellien

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