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Reconnaître le crapaud du Prince Charmant

Collé(e) devant votre ordi, vous avez décidé de vous lancer à nouveau dans la quête virtuelle de « l’âme sœur ». En un clic et une série de chiffres envoyés pour valider votre paiement sécurisé, vous voilà dans la jungle. « Hourrah ! » vous dites-vous, « Je vais décrocher le gros lot ! À moi l’Amour ! ». Vite ! Vous vous précipitez sur la recherche par photo, mettez de côté vos profils préférés et continuez vos courses avec la certitude que dans votre panier se trouve la Belle au Bois Dormant ou le Prince Charmant. Gare ! Dans l’enthousiasme du moment, avez-vous au moins pris la peine d’étudier scrupuleusement les profils qui attendent sagement leur tour ? J’aimerais bien, me direz-vous. Mais comment séparer le bon grain de l’ivraie ? Quelques recommandations s’imposent.

crapaud ou prince charmant
Les mots :
Le pseudo et ses facettes

« L’amour rend aveugle mais le mariage rend la vue » dit-on. Ça tombe bien, vous n’êtes ni marié ni amoureux… pour le moment au moins. Avant de rester tétanisé de désir sur une bête image figée, souvent prise sous l’angle le plus flatteur pour le sujet, attardez-vous sur le texte. Que lisez-vous en tout premier lieu ? Un pseudo. Et même dans le pseudo, on peut déceler quelques indices sur le pédigrée de sa victime chère âme sœur virtuelle. Il dit s’appeler « Crapaud75 ». Là, vous avez deux options : ou il a de l’humour ou il dit vrai. S’il a de l’humour, tant mieux, mais pour l’heure il s’agit surtout de dégoter une personnalité sincère. L’humour viendra plus tard, une fois que vous lui aurez renversé votre café sur les genoux, par exemple. Mettez-vous à sa place. Auriez-vous l’idée de vous affubler d’un pseudo dévalorisant s’il n’y avait là-dessous une once de mésestime de soi ? Si oui, c’est que vous n’êtes pas encore prêt à rencontrer quelqu’un et qu’il vous faut encore travailler sur vous. Sinon, c’est que vous devez passer votre chemin. À moins que vous n’ayez envie de vous occuper de quelqu’un d’angoissant qui transfèrera sur vous son mal-être, ce qui est possible aussi, et même très répandu. Autre option : elle (varions les plaisirs) se nomme « Belledejour ». C’est peut-être vrai et espérons qu’elle l’est tout autant la nuit, mais songez toutefois que « Belle de Jour » est aussi une héroïne mue par des pulsions sado masochistes. Bien que magnifiquement filmée par Louis Buñuel et incarnée par Catherine Deneuve, Belle de Jour est quand même un peu frappée (dans tous les sens du terme). Si vous aimez les masos déguisées en bourgeoises, génial. Si vous cherchez la constance, oubliez Belledejour… et attardez-vous plutôt sur Constance33, justement, qui comme son nom l’indique est constante et vit dans la Gironde. Une belle région, la Gironde. Et une femme gironde, quel délice pour un homme !
Conclusion : pseudo recherche ou vrai quête amoureuse ? À vous de savoir décoder les sobriquets.

Le descriptif, un point c’est tout.

« Difficile de se décrire en quelques mots ». Alors pourquoi écrire ça ? Là encore, on peut traduire par « Bah jsais pas quoi dire, jsuis un peu bêta et personne voudra d’moi parce que jsuis vraiment un boulet ». Laissez-le (la) à ses hésitations et continuez à cliquer. La sincérité, c’est bien, l’auto flagellation, c’est répulsif. À contrario, se faire trop mousser c’est suspect. Et ça peut provoquer de l’irritation. Rappelons-le, les sites de rencontres fourmillent de mythomanes et de mythowomen, au grand dam de ces milliers d’autres qui aimeraient vraiment une histoire simple, sincère et réciproque. Idem pour quelqu’un qui cherche une relation « sans prise de tête ». Qui, au monde, ne se prend jamais la tête ? Les animaux sans doute. Les plantes aussi. Mais les humains, si. Plus ou moins. Et le moins possible, évidemment.

Si tous les mots comptent, la ponctuation tout autant. Si vous voyez des !!!!! partout, c’est louche !!!!! L’auteur(e) essaie de dédramatiser, de passer pour un mec cool ou une nana trop sympa. Personne n’est trop cool ou trop sympa, tout le monde a des casseroles derrière soi, à chacun d’arriver à les agencer pour qu’elles ne pèsent pas trop lourd dans les bagages. Un profil respectueux de soi-même, qui reconnaît ses défauts sans s’autodétruire, a toutes les chances d’être cohérent en vrai. Étape suivante !

Les images :

Il est beau (pour vous). Elle est belle (pour vous). Youpi ! Et après ? Essayez de lire au fond de ses yeux. N’y a-t-il pas un peu de mensonge derrière ce grand sourire ? D’ailleurs, ce sourire essaie-t-il de séduire ou est-il naturellement épanoui ? Pour en savoir plus, réclamez-lui la moins flatteuse mais la plus honnête de toutes les photos : la photo d’identité récente. Ça tue, certes, mais si il (elle) continue à vous plaire malgré l’absence obligatoire de sourire, c’est que vous pouvez approfondir le sujet. N’hésitez pas à tchater en webcam, ça vous permettra d’apercevoir d’éventuels tics gestuels ou de langage rébarbatifs à votre goût.

Pour le reste, fiez-vous à votre petite voix intérieure. Elle est toujours de bon conseil.

Prune.

2 Commentaires

  • Mince alors, si j’avais su ! D’ailleurs, Mika31, ça passe ? ;-)
    Où alors déjà diras tu que je me pose trop de questions existentielles et que je dois être rejeté comme un vieux boulet moisi ? :p

  • Mouais… le pseudo… quand on en a essayé 15 déjà pris, on sort la première débilité qui vient.

    Sinon pour le descriptif c’est vrai. ça me fait marrer celles qui commencent par « difficile de se décrire », mais moins que celles qui commencent par « je suis une femme qui… » (non sans blague t’es une femme ?)

    pour la photo c’est très vrai. D’ailleurs, moi même qui me trouve moche, je n’en mets qu’une choisie avec soin. L’honnêteté voudrait qu’on en mette plus. Je préfère en envoyer d’autres en privé une fois le dialogue établi.

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